Les acteurs non étatiques jouent un rôle clé dans l’environnement sécuritaire malien. En effet ils peuvent agir tantôt comme parties au conflit, tantôt comme catalyseurs dans les processus de résolution de la crise malienne.
Groupes signataires de l’Accord de Paix et Réconciliation au Mali (APRM) « dit Accord d’Alger ».[1] 2015-2025
Signé le 15 mai 2015 à Bamako entre le gouvernement malien, les groupes armés loyalistes réunis au sein de la « Plateforme » et plusieurs États et organisations internationales garants de la médiation[2] l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus visait à mettre fin à la rébellion déclenchée en 2012 par les groupes indépendantistes du Nord. Cette Plateforme — officiellement Plateforme des mouvements du 14 juin 2014 d’Alger — était composée, au moment de la signature, des trois principaux mouvements suivants :
D’autres groupes ont rejoint la Plateforme après 2015 notamment le MSA-D (Mouvement pour le salut de l’Azawad – faction Daoussahak) en juillet 2019.
Initialement absente, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), alliance regroupant notamment le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), une faction de la Coalition du peuple de l’Azawad (CPA) et une branche dissidente de la Coordination des mouvements et fronts patriotiques de résistance (CMFPR) signe finalement le texte le 20 juin 2015 sous pression internationale.
L’accord prévoyait une large décentralisation, la création d’une armée reconstituée intégrant les ex-combattants, des programmes de développement ciblés, ainsi qu’un processus de justice et de réconciliation nationale. Toutes les parties, y compris les médiateurs et les membres permanents du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, participaient au comité de suivi, mais sa mise en œuvre resta largement inachevée : en 2022, moins de 30 % des dispositions étaient appliquées et aucun des cinq piliers de l’accord n’avait été concrétisé.
Finalement, le 25 janvier 2024, les autorités maliennes ont mis fin « avec effet immédiat » à l’Accord, accusant l’Algérie d’ingérence et certains signataires d’hostilité.
Le Front de libération de l’Azawad (FLA)
Des groupes séparatistes du Nord du pays ont annoncé la création du Front de Libération de l’Azawad (FLA) le 30 novembre 2024[3]. Ce mouvement indépendantiste s’inscrit dans une longue histoire de revendications politiques, économiques, sociales et territoriales, exprimée notamment en 1958 lorsque des chefs tribaux arabes et touarègues ont exprimé leur volonté de ne pas être rattachés au sud du pays, invoquant des spécificités historiques, culturelles et géographiques au Mali et au Niger. Ces aspirations ont ressurgi de manière régulière depuis 1963 avec l’épisode charnière de l’insurrection armée de 2012, réclamant l’indépendance des territoires qu’ils appellent l’Azawad. Les accords de paix de paix successivement signés en 1991 (Accord de Tamrasset), en 2006 (Accords d’Alger) et en 2015 (Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger/APRM).
Cet Accord de 2015, censé offrir plus d’auto-gestion, des programmes de développement et l’intégration des ex-combattants, n’a pas pu être appliqué durablement. Après les coups d’État de 2020 et le retrait des autorités maliennes de l’accord en 2024 , l’impasse politique avec les groupes armés a conduit à la recomposition du champ politico-militaire des différents groupes armés du Nord, culminant avec la création du FLA[4]. Ce nouveau mouvement résulte ainsi de la fusion du Cadre stratégique permanent (CSP), alliance formée en 2021 entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et d’autres groupes armés, qui ont décidé de dissoudre leurs structures pour former une entité unique revendiquant l’indépendance totale de l’Azawad. Contrairement aux coalitions précédentes, le FLA ne réclame plus une autonomie négociée mais la création d’un État souverain.
Le gouvernement malien assimile le FLA à une organisation terroriste, justifiant ainsi une intensification de sa réponse militaire, illustrée par les frappes répétées de drones sur les positions du FLA. Ces tensions s’inscrivent dans un cycle plus large de militarisation de la gestion de la crise du Nord, marqué par la reconquête de Kidal en novembre 2023 par les Fama et leurs supplétifs russes du Groupe Wagner puis les combats meurtriers de juillet 2024 à Tinzaouatène. Bien qu’à l’origine le FLA ait combattu le JNIM et ait affirmé condamner le terrorisme sous toutes ses formes[5] pour marquer sa distance avec les groupes jihadistes et malgré leurs objectifs idéologiques distincts, des attaques conjointes auraient été menées par des éléments des deux groupes[6].
Depuis juin 2025, le FLA a intensifié ses attaques contre les Forces armées maliennes (FAMa) et ses supplétifs dans le nord du Mali, en particulier lors d’une embuscade le13 juin 2025 près d’Aguelhoc[7]. Peu après, la chute d’un avion russe SU-24 près de Gao a révélé l’ampleur et l’intensité des combats.
Du point de vue géographique, la première caractéristique des Groupes armés maliens dans le Centre et le Nord du Mali est qu’ils mobilisent des idées et des ressources globales au profit de revendications locales avec des ramifications internationales (visions prônées par les branches mères Al-Qaïda et Daesch). La Katiba Macina, par exemple, promeut un djihad défensif et s’inspire d’une doctrine politique et religieuse qui prône la lutte armée au nom d’une conception fondamentaliste et violente de l’islam.
C’est en 2018 que s’est affirmée la rupture entre le JNIM et l’EIS et que sont survenus des affrontements meurtriers entre les combattants de la Katiba Macina (affiliée au JNIM) et ceux de Dawlat Islamiya (affilié à l’EIS) dans le Delta central du Niger et le Gourma central. La division entre les deux groupes a été opérée par les communautés peules Wuwarbe et du Seno (Mali), les communautés peules Jelgoobe (Burkina Faso) et Tollobe (Niger). La guerre entre les combattants du JNIM et de l’EIS s’est poursuivie depuis.
Mutations et logiques d’engagement des groupes islamistes radicaux
La Charte de Kurukan Fuga est un ensemble de principes transmis oralement jusqu’à leur codification controversée au XXème siècle. Son origine remonte à l’avènement de l’Empire du Mali entre le XIIIème et le XVème siècle. Malgré son importance historique dans la fondation de l’Empire du Mali, la redécouverte, la systématisation et la large diffusion de la Charte de Kurukan Fuga sont récentes. Considérée par certains comme une contribution significative de l’Afrique à l’histoire des droits de l’Homme et de la démocratie, la Charte de Kurukan Fuga est très souvent regardée comme l’une des références fondant les « valeurs africaines » dont la valorisation devrait être portée par les plus hautes institutions africaines. Depuis sa « redécouverte » en 1998 la Charte de Kurukan Fuga se situe cependant au cœur de plusieurs débats scientifiques et politico-institutionnels.