Les acteurs non étatiques jouent un rôle clé dans l’environnement sécuritaire malien. En effet ils peuvent agir tantôt comme parties au conflit, tantôt comme catalyseurs dans les processus de résolution de la crise malienne.

Les chefs traditionnels, coutumiers et religieux investis dans les processus
de règlement des conflits dans le Centre du Mali

Les mécanismes de justice et de résolution des conflits non étatiques ont survécu à la période coloniale et post-coloniale et se sont imposés durablement au Mali. A l’inverse, les mécanismes de justice étatique sont souvent dénoncés en raison de leurs nombreuses faiblesses : la complexité et la lenteur de la procédure judiciaire de résolution des conflits, une justice aux plus offrants, la méconnaissance des textes juridiques étatiques, la manipulation des plaignants parfois illettrés. Il apparaît aussi très compliqué pour les populations, notamment dans les espaces périphériques, d’accéder à la justice étatique en raison de la présence et des menaces proférées par des groupes armés islamistes radicaux dans les villages sous leur contrôle (qui jouent eux-mêmes un rôle croissant dans l’administration de la justice à l’échelle locale).

Les mécanismes de justice coutumière et islamique traitent un large éventail de litiges, notamment des litiges fonciers, des différends ayant trait à des héritages, des vols et des questions matrimoniales. Les leaders traditionnels peuvent parfois rejeter une affaire, certains préférant ne pas être saisis d’affaires portant sur des crimes graves tels que le viol ou le meurtre ou encore les crimes liés à la crise de 2012.

Cependant – et cela bien avant la crise multidimensionnelle de 2012- les légitimités locales qui activent les mécanismes traditionnels de gestion des conflits subissent des mutations et connaissent notamment un affaiblissement de leur autorité au niveau familial, social et communautaire.

Les légitimités locales (autorités traditionnelles, religieuses et coutumières) investies dans les processus de règlement des conflits sont variées et diversifiées dans le Centre du Mali :

Les grandes figures référentielles de la médiation coutumière et traditionnelles
sont variées et réparties dans différentes régions du centre du Mali:

La Dina de Macina est un royaume du XIXème siècle du Centre du Mali dans lequel les bases et la structure politiques étaient fondés sur la morale islamique. Il a été fondé par Amadou Hammadi Boubou qui eut le titre de Cheickh ou Sékou lorsqu’il remporta une bataille contre le chef de clans « Ardo » et leurs alliés de l’empire Bambara de Ségou en 1818. Cette victoire lui permit d’asseoir son emprise dans le Centre du Mali et de commencer une guerre sainte, « jihad » qui lui a permis de conquérir plusieurs territoires et de créer des alliances communautaires. L’organisation administrative, politique et militaire du Macina était décentralisée et la juxtaposition entre les acteurs de l’époque continue de prévaloir dans la zone du Macina. L’œuvre maîtresse de Sékou Amadou fut sa volonté de sédentariser les Fulbe (Peuls). Les descendants de Sékou Amadou continuent de bénéficier d’un pouvoir de médiation dans le Centre du Mali.

Des relations spirituelles, politiques et scientifiques se sont nouées entre les Kounta, une tribu d’origine arabe de Tombouctou, et la Dina de Cheikhou Amadou. Des textes écrits en arabe sont encore disponibles au niveau de l’Institut Ahmed Baba de Tombouctou, précisant la nature de ces relations entre les différents acteurs de l’époque. Le leadership moral et spirituel des Kounta a maintenu le lien avec les descendants du chef de la Dina du Macina au XIXème siècle. Les descendants des familles Kounta et de Sékou Amadou ont continué de bénéficier d’un certain respect et détiennent un pouvoir de négociation fort appréciable.

Les conseils de familles dirigeantes du Macina (Hore Suudu Baaba) dans le Delta central du Niger sont des patriarches en charge de la gestion des conflits relatifs aux ressources familiales, villageoises et communautaires. Chaque entité socio-écologique ou leydi dans la zone inondée du Delta central du Niger a son Hore Suudu Baaba. Cette institution coutumière et traditionnelle a diverses fonctions au niveau social, politique et organisationnel.

Au pays Dogon, la gestion de la vie en communautés se fait par des autorités spirituelles qui ont différents rôles et missions. Il s’agit des Hogon (autorité spirituelle suprême), des Ogokana (structure traditionnelle en charge de la gouvernance environnementale principalement des ressources naturelles), des Allamoudio dans les zones exondées du Centre du Mali (Bandiagara, Douentza, Bankass et Koro) : il s’agit d’institutions coutumières qui ont pour objectif de maintenir la paix, de résoudre les conflits fonciers et conjugaux dans les villages.

Les institutions coutumières à caractère communautaire à Gao

Dans la région de Gao, comme l’indique la recherche du RENEDEP, consacrée aux « institutions coutumières à caractère communautaire », le terme « institutions coutumières » fait référence aux institutions endogènes telles que les chefferies traditionnelles (chefs de village, chefs de quartier) et aux institutions communautaires telles que le Bonkoïno (chef coutumier) qui jouent un rôle majeur dans la gestion des conflits. Compte tenu de l’héritage historique de la région de Gao, la religion, à travers l’islam, présente également un aspect culturel et coutumier dans certaines localités, d’où l’importance de la prise en compte des institutions religieuses islamiques telles que le cadi ou encore le marabout. En effet, l’islamisation forcée de Gao sous le règne des Askia à partir de 1492 a érigé certaines pratiques religieuses en coutumes.

Les griots

• Au sein de plusieurs communautés du Mali (Songhaï et Mandingues notamment), les griots sont des personnes dites « de caste » et portent parfois les mêmes noms de famille que les nobles. Comme pour les autres castes, le statut de griot est héréditaire.

• Appelés Maaba ou Garassa dans la culture Songhaï, mot qui désigne également le forgeron, les griots sont les maîtres de la parole. Ils jouent plusieurs rôles dont celui de messager entre les différentes communautés, de médiateur, de pacificateur, de conciliateur ou encore de démarcheur dans les procédures de fiançailles et de mariage.

• Les griots continuent à jouer leur rôle séculier en matière de gestion des conflits dans plusieurs localités, notamment dans le Cercle de Bourem.

• Les griots sont désormais organisés autour du RECOTRADE (Réseau des Communicateurs Traditionnels) au niveau national et continuent à jouir d’une influence non négligeable dans la gestion des conflits.

Les associations à Gao