La chefferie traditionnelle au Niger

Au Niger, la chefferie traditionnelle est une institution des plus anciennes ayant survécu à la colonisation et qui a résisté au temps pour traverser toutes les évolutions sociopolitiques du pays en s’adaptant à chaque contexte pour rester actuelle. 

Si, sous la colonisation, les autorités avaient cherché à la faire disparaître, elles s’étaient vite rendu compte qu’elles pouvaient trouver, en la chefferie traditionnelle nigérienne, un allié efficace à protéger voire à entretenir pour assurer une gestion efficace du territoire et des populations qui y vivaient. 

Depuis l’accession du pays aux indépendances, les pouvoirs qui se sont succédé ont conservé cette institution qui a acquis, depuis l’époque coloniale, un champ élargi de compétences couvrant les domaines social, administratif, sécuritaire et financier. 

Le souci de rendre la chefferie traditionnelle conforme aux exigences de l’état de droit a amené l’État du Niger à développer, et mettre régulièrement à jour, un corpus juridique définissant le statut de l’institution ; délimitant son champ d’intervention et cadrant l’exercice de ses compétences. Le statut juridique de la chefferie a ainsi connu une évolution crescendo passant d’une simple circulaire qui le régissait initialement à son intégration dans la Constitution. 

Constituée des communautés coutumières dirigées par des chefs traditionnels, la chefferie fait désormais partie intégrante de l’organisation institutionnelle administrative au Niger. Elle concourt, tout comme les circonscriptions administratives et les collectivités territoriales, à l’administration et à l’organisation du territoire nigérien. 

Disposant d’un maillage des plus complets avec une structuration et une hiérarchie du niveau le plus proche des populations (village, tribu ou quartier selon les zones et le type des populations) au niveau sultanat, la chefferie traditionnelle se présente actuellement comme un important acteur de la gouvernance sécuritaire au Niger. Représentant les communautés coutumières et traditionnelles qu’ils dirigent, dans leurs rapports avec l’administration et les tiers, les chefs traditionnels se positionnent comme des collaborateurs clefs de tous les autres acteurs de la gouvernance sécuritaire. La proximité avec la population, la reconnaissance par celle-ci de l’autorité des chefs traditionnels en font un maillon important de la gouvernance sécuritaire y compris en matière de renseignement et de fonctionnement de la chaîne judiciaire, notamment, la chaîne pénale. 

Grâce à son pouvoir de police rurale (version de la police administrative en milieu rural) et en sa qualité de magistrat de l’ordre administratif, le chef traditionnel est un acteur assurant l’ordre public et la cohésion sociale au sein de sa communauté. Le pouvoir de conciliation des parties lui permet d’assurer des fonctions de « justice traditionnelle » dans les matières (coutumière, civile et de transactions foncières) couvrant l’essentiel des litiges entre citoyens. 

Outre son travail de promotion de la paix et de la cohésion sociale, sa veille sur l’ordre public, la chefferie traditionnelle est un pilier fondamental dans la gestion des actuels défis sécuritaires multiformes et de la gouvernance du secteur. Ceci tient non seulement au rôle et aux responsabilités que les textes et les politiques/stratégies confèrent à cette institution, mais surtout à la réalité sur le terrain.