EPISODE 1: Qui sont les responsables du JNIM qui imposent un blocus pour asphyxier Bamako?

Le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) s’est imposé comme l’un des acteurs djihadistes les plus structurés du Sahel, articulé autour d’un conseil central puissant et d’un maillage territorial en constante expansion.

Dans ce premier épisode de la série “Groupes politico-militaires islamistes radicaux au Sahel”, nous revenons sur la structure interne du mouvement, l’organisation régionale en Mantiqa, l’expansion transfrontalière et ses figures clés tels que Jafar Dicko, Hamza al- Tabankorti, Abou Hamza al-Shinguiti et d’autres responsables dont les positions éclairent les dynamiques internes et les alliances du groupe.

Une analyse détaillée pour mieux comprendre l’architecture opérationnelle du JNIM et les reconfigurations en cours dans l’espace sahélien.

Walleidine Sacko, responsable mantiqa Sikasso

Walleidine Sacko est un vétéran du djihad d’Ansar dine du sud (Katibat Khalid Ibn Al-Walid). C’est un compagnon de longue date de Souleymane Keita. Il a été libéré en octobre 2020 (échange JNIM, Sophie Petronin et feu Soumaila Cissé). Il a un ancrage communautaire fort car il est lui-même originaire de la zone de Koutiala-Karangasso.

Hamza al-Tabankorti, responsable de la région (mantiqa) de Gao

De son vrai nom Himama Ould Lehweir, Hamza al Tabankorti, un arabes de la tribu Lamhars de Gao. Himama Ould Lekhweir a été désigné pour succéder à Mohamed Ould Nouini, cerveau des attentats de Bamako, Ouagadougou et Grand-Bassam, éliminé par l’armée française en 2018. Lui-même a été visé quelques mois après, en août, par une frappe de l’armée française à laquelle il avait été déclaré sauf.  Hamza al Tabankort appartient déjà à la tribu des Lemhars fait de lui un chef « légitime », mais également son entrée dans la galaxie jihadiste depuis plus d’une dizaine d’années. Il est un ancien d’Almourabitoune, fondé en 2013 par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar et le Malien Ahmed al Tilemsi et le Mauritanien Hamada Ould Mohammed Heirou (deux anciens du MUJAO).

Abou Abderrahmane al-Jazairi, responsable de la région (mantiqa) de Tombouctou (membre du CCC)

C’est un Algérien, vétéran du Jihad au Sahel dont filtre peu d’information qui a été nommé pour remplacer le mauritanien Abou Abderrahmane al Libi ou Abou Talha al Mauritani, destitué pour son absence de résultat. Sa destitution est intervenue juste après l’échec des attaques de Ber en octobre 2024. Abderrahmane Al-Jazairi est connu au sein du JNIM depuis au moins 2018 où il évoluait avec Jamel Okacha dit Yahya Abou Al-Hamam apparu aux côtés d’Iyad Ag Ghali, de Mohamed Ould Nouini, d’Aly Maychou et de Amadou Kouffa lors de l’annonce de la naissance, en mars 2017, du JNIM. Il est très ancré dans les communautés Touareg, arabe et peule. C’est d’ailleurs lui qui a restructuré Al-Furqan (Emirat de Tombouctou) où Mantiqa Tombouctou comme conseiller adjoint de Talha.

Abou Hamza Al-Shinguiti, responsable mantiqa Aribanda / Gourma

Lui aussi mauritanien, il s’appelle Mohamed Salem Ould Mbarek. Il a su imposer son leadership dans le gourma malien ou la région d’Aribanda pour le JNIM, jouant parfois de tampon entre le centre du Mali et le Burkina. Il a un accès direct à Iyad Ag Ghali et peut même jouer les intermédiaires entre l’émir du JNIM et certains autres sous-chefs comme Walleidine de Sikasso.

Comme beaucoup d’étrangers, Abou Hamza Al- Shinguiti bénéficie d’un statut de djihadiste reconnu pour son engagement durable ou ancienneté au sein des groupes locaux qui lui confère une certaine légitimité aussi bien aux yeux de la direction centrale qu’aux yeux des fantassins. Ici, direction centrale ne veut pas forcément dire uniquement Iyad Ag Ghali, mais également le CC qui est l’organe décisif du JNIM qui désigne les différents émirs des Mantiqa ou régions.

À noter que parmi les émirs ci-dessus, Abou Hamza Al-Shinquiti, Abderrahmane Al-Jazairi et Himama ont un accès direct à Iyad Ag Ghaly via Sedan Ag Hitta, émir de Kidal qui joue le rôle du secrétaire général de l’organisation. Quant à lui, Walleidine Sacko n’a pas un accès direct au chef suprême, il passe par le Mauritanien Abou Hamza Al-Chingueti ou par un peul proche de Kouffa.

S’appuyant sur les travaux menés par le HSGO/ASSN et le LAAM à propos des figures clés à la tête du JNIM, le magazine « Jeune Afrique » a publié un article intitulé « Les stratèges de l’ombre d’Iyad Ag Ghaly, le chef du groupe djihadiste Jnim ». Leur contribution vient compléter les enseignements tirés de nos recherches pour offrir une lecture claire des dynamiques internes du groupe.

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